• Coralie Casanova

Design minimaliste : pour un art de vivre respectueux et réjouissant

Dernière mise à jour : 4 mai 2020


A l'occasion de ce deuxième article, je souhaitais développer un peu plus la raison d’être du studio, et plus particulièrement vous parler de mon idée du minimalisme dans le design.

On entend de plus en plus ce mot utilisé comme un argument marketing, défini comme “une tendance”, et cela me gêne beaucoup. Pourquoi ? Parce que ce concept va bien au-delà d’une définition purement esthétique des objets ou des espaces. Le minimalisme incarne un véritable mode de vie éco-responsable, qui se révèle de plus en plus cohérent face aux enjeux environnementaux et sociaux que nous rencontrons. 



A l’origine : la simplicité et mon amour de la nature

J’ai créé Minimal Végétal animée par la profonde conviction que l’architecture et le design sont des vecteurs de changement, que le contexte du projet et l’attention à notre environnement devaient être au coeur de la conception. Cette intuition et cet engagement ne sont pas nouveaux pour moi, il résonnent et m’avaient déjà guidé bien avant que je ne m’oriente dans le design.


Originaire d’Ardèche, j’ai grandi dans un environnement naturel très préservé, entourée de personnes pour qui il était normal de faire attention à la terre. Au lycée, j’ai choisi une filière un peu atypique, dans un lycée agricole qui proposait des formations générales mais centrées sur l’écologie, la gestion et la protection de la nature. J’ai donc suivi un cursus scientifique avec une option écologie. A cette époque le lycée était très connoté hippie, c’était objectivement le cas et il y avait une véritable scission, entre les élèves des lycées classiques et nous. Nous étions tous là par convictions et amour de la nature, nous en apprenions chaque jour un peu plus sur l’impact de notre société industrielle, ce qui nous révoltait mais nous permettait aussi d’esquisser les façons de contribuer au changement de façon positif. Je me rappelle d’une anecdote au tout début de l’année de seconde, notre professeure de biologie nous avait demandé de soutenir par la pensée nos camarades de BTS, qui avaient été arrêté quelques jours avant après le fauchage d’un champs de maïs OGM. Je me souviens aussi du premier cours de chimie, le son d’une ballade à la guitare qui entrait par la fenêtre et la professeure nous dire, “C’est aussi ça l’esprit de ce lycée, il va falloir vous y habituer !” J’ai eu une adolescence plutôt bohème et éclairée, à un moment où l’on ne parlait pas autant d’écologie, où l’on nous voyait comme des marginaux. Ces trois années, pleines de rencontres passionnantes, d’apprentissages, de rires, de musique et de feu au bord de la rivière, je tenais à vous les partager (bien que très brièvement) car elles ont semé les graines de mon engagement actuel. 


Puis est venu le temps des études supérieures, arts appliqués puis architecture, qui m’ont permis de développer mon univers créatif, d’apprendre un métier et finalement tisser des liens, petit à petit, au fils des années, entre le design et mes convictions personnelles. 

Lors de ma première année d’étude, ma tante m’a offert un livre dont la lecture a été un véritable déclic. Dans cet ouvrage “L’art de la simplicité” de Dominique Loreau, j’ai découvert un mode de vie inspiré du zen qui m’a séduite : vivre mieux, faire plus avec moins. C’était mon premier contact avec le minimalisme. Dans le même temps, je commençais à me passionner pour la culture japonaise, que je découvrais à travers le design et l’artisanat, dans mes cours et dans les livres. A partir de là, le Japon, le minimalisme et mon amour pour la nature, sont devenus des piliers, dans ma vie personnelle comme professionnelle. 

Etudiante en architecture à Paris, je suis partie le temps d’un échange, étudier à l’université de Kyoto Seika, au Japon, deux ans après le tsunami qui avait ravagé la côte Nord est du pays. A l’époque j’écrivais un mémoire sur la possible influence du territoire japonais, particulièrement tourmenté par les évènements naturels, et l’esthétique si particulière et reconnaissable qu’avaient développé les créateurs du pays. Dans ce contexte et dans le cadre d’un workshop, je me suis rendue dans l’un des village entièrement détruit par la vague. Un véritable choc, une atmosphère de tristesse et d’impuissance, l’inclinaison ultime face à la nature. Il ne restait que les fondations des maisons, du moins celles qui en avaient eu, recouvertes par la végétation, des bandes d’autoroutes arrachées, des bateaux, dont un cargo monstrueux, au milieu de ce qui avaient autrefois été des rues. Puis, quelques semaines après, je suis partie pour une retraite d’une semaine sur l’île sauvage de Yakushima (qui a inspiré Miyazaki pour Princesse Mononoké). Là aussi, l’homme se faisait petit, des habitations légères, précaires pour la plupart, une seule route mais une montagne reine, des forêts d’arbres millénaires qui pourraient vous retenir pour la vie entre leurs branches. J’apprendrais quelques années plus tard, lors de recherches personnelles sur les plantes, que les arbres sont capables de nous droguer ! C’est ce qui nous fait nous sentir si bien après plusieurs heures en forêt et, ce qui devrait les protéger de nos actes malveillants. (Note: résumé très schématique ^^)


De façon plus générale, mes expériences aux Japon, lors de cet échange comme lors d’autres voyages nippons entrepris depuis, ont ancré en moi ce sentiment de modestie envers la nature qui infuse aujourd’hui ma pratique de l’architecture et du design. 



Un art de vivre responsable qui guide mon travail

Et le rapport avec le minimalisme me direz-vous ! En vous parlant de mon attachement à des pratiques plus respectueuses de l’environnement, je voulais vous amener à ce qui est pour moi au coeur de la philosophie minimaliste : Vivre en pleine conscience. Comme je le disais dans l’introduction de l’article, le minimalisme n’est pas un style, il ne se réduit pas à des objets aux formes simples et épurées, comme peuvent le décrire de façon bien trop réductrice les magasines de déco. Le minimalisme c’est une façon de penser, de vivre, de consommer et donc aussi, une façon de créer responsable et qualitative. Penser minimalisme c’est préférer la qualité à la quantité, c’est vivre avec l’essentiel, ce qui nous rend réellement heureux, et cet état d’esprit c’est un des fondement d’une démarche éco-responsable. Si vous avez lu l’article précédent “Aménager un intérieur naturel et responsable” vous devez faire le lien avec le motto que je vous donnais, à savoir « faites des choix qui vous font du bien ». Faire des choix conscients et ne pas consommer de façon compulsive, c’est être dans cette démarche minimaliste et responsable. 


Le minimalisme c’est donc un art de vivre responsable, et pas seulement un mot qui défini un style aux lignes épurées. J’applique aussi cette définition du minimalisme dans ma pratique de designer et dans les propositions que je fais, aussi bien en architecture qu’en design d’objets. Mais notez bien qu’adopter une attitude minimaliste ce n’est pas forcément synonyme de design froid, austère ou distant ! L’idée est bien de vivre plus, de proposer plus d’usages, de raconter plus d’histoires ou de ressentir plus d’émotions, avec moins. Le description du studio va d’ailleurs dans ce sens : “Des espaces et objets sains pour de nouveaux modes de vies respectueux ET réjouissants”. 


Je considère le design comme un outil d’exploration des possibles. Ainsi, dans les propositions du studio, j’essaie d’incarner cette philosophie minimaliste tout en la connectant à nature, au vivant, au temps : un design qui va à l’essentiel mais emprunt de résilience

Alors pour conclure cet article, j’avais envie de vous expliciter un peu plus concrètement la façon dont j’applique cette philosophie au studio. J’ai donc essayé de décortiquer ce processus créatif et vous le partager en quelques questions, celles que je me pose pendant toute la phase de création et qui orientent la conception : 


  • Quelle est la pertinence de ce design ? 

  • Est-ce qu’il émane bien de cette proposition une histoire, une ou des émotions ? 

  • Y-a-t’il une véritable valeur ajoutée au-delà du vocabulaire formel ?

  • Est-ce une proposition intemporelle ou liée à une tendance actuelle ? 

  • Puis-je encore simplifier le dessin / le plan / l’utilisation des matériaux / le procédé de fabrication ?

  • Le concept va t-il assez loin pour ouvrir des possibles dans les usages ?

  • La proposition est-elle résiliente ? A-t-elle le potentiel de s’adapter aux changements ? 

N’hésitez pas à partager en commentaire votre vision du minimalisme et la façon dont vous vous en emparez au quotidien !

A très bientôt.


Let’s grow,

Coralie 

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